Sixième édition de la journée des doctorants du monde byzantin 2021

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Appel à communications : 

Sixième Journée des doctorants du monde byzantin (LA3M & TDMAM) 15 octobre 2021

La performance rituelle à Byzance. Une expérience augmentée ?

Comme l’observait déjà Nicolas Offenstadt en 1998 (1), le rituel en tant qu’outil heuristique est de plus en plus utilisé, précisé mais aussi critiqué. Cependant, la triade définie par Claude

Lévi-Strauss dans son Homme nu reste toujours valable : le rite est une combinaison de (2) « paroles proférées », de « gestes accomplis » et « d’objets manipulés » . Par conséquent, étudier le rite impose de décoder ces moments précis où la synergie entre matériel et sensoriel fabrique un instant rituel. Car grâce à cette combinaison, la performance prend corps, l’espace rituel est pleinement habité et l’expérience transcende la simple succession fixée de gestes et de mots. Tout conduit à fabriquer une « expérience augmentée ».

Le monde byzantin laisse une large part à l’expérience sensorielle durant ses cérémonies, qu’elles soient sacrées, auliques ou même profanes. Chaque instant rituel s’intègre et donne lieu à une expérience multi-sensorielle pour faire ressentir le sacré. L’espace vibre sous l’éclat des lampes, est réfléchi sur les tesselles d’or, ondule sur les volutes de l’encens, résonne par la voix des chantres, s’inscrit dans le marbre et sur les murs peints… Tous les sens et toutes les textures sont convoqués pour immerger l’assistance dans une performance totale d’harmonie collective et de communion entre ciel et terre. Depuis quelques années, la recherche byzantine s’est ouverte à des approches nouvelles permettant de mieux mesurer l’impact immersif de ces expériences rituelles. L’étude des émotions, sens, sons et odeurs affine la perception des chercheurs et fait apparaître correspondances, synergies et synesthésies. Le discours symbolique construit durant le rituel apparaît ainsi avec plus de force, de netteté, d’ampleur et de complexité. Tout récemment, l’important colloque « Performance in Late Antiquity and Byzantium » (3) a posé les bases d’une approche multiple du rite en éclairant quasiment toutes les modalités et toutes les textures impliquées. Tirant parti de cette première réflexion majeure, on cherchera dans cette Journée d’étude à en rapprocher deux aspects : le matériel et le sensoriel.

Ces deux dimensions ont été abordées plutôt séparément mais il semble à présent possible de les aborder de front pour en apprécier la synergie. Ainsi, un reliquaire est assurément un objet précieux, indicateur d’une forme de piété, d’un goût plastique et d’une technique. Mais il est surtout le socle d’une liturgie mobilisant la lumière des lampes, le contact du myron, les volutes d’encens et les voix chantées. Et tout cet ensemble fabrique une performance collective où l’on fait une « expérience enrichie » du sacré. L’espace lui-même est vécu différemment grâce à la synergie de tous les dispositifs sensoriels (lampes, encensoirs, corps chantant…) et par son occupation même. Le rite byzantin, résolument mobile, amène à investir un espace rituel organisé et hiérarchisé. Les portes, passages, iconostases, ambons… délimitent la place de chacun et ajoutent l’expérience tangible de la hiérarchie voulue par Dieu. Les programmes iconographiques (fresques, mosaïques, tissus…) modulent la réponse de l’architecture aux stimuli et apportent une autre dimension en mettant en scène le geste réalisé par l’assistance. Les inscriptions et épigrammes figurées sur les murs reprennent les acclamations chantées, les gestes des anges renvoient à ceux des célébrants, les voix des saints font écho à celles du groupe présent… Les textes peuvent aussi contribuer à cette définition de l’expérience rituelle, aussi bien dans leur implication dans l’acte rituel que par leur réflexion sur sa performance/expérience.

Ainsi, cette Journée cherchera à faire ressortir tout ce jeu de dialogues, de combinaisons et de synergies entre gestes, objets et sens durant les performances rituelles. Pour resserrer l’analyse, on s’intéressera au rituel en tant que cérémonie et liturgie (sacrée et aulique). Toutes les périodes byzantines, tous les objets et tous les sens pourront être envisagés, tant que la proposition interroge une approche synergique des divers pôles du rite.

Les présentations, d’une durée de 20 minutes, se tiendront durant la Journée doctorale prévue le 15 octobre 2021, qui se déroulera, on l’espère, en présentiel à la MMSH d’Aix- Marseille Université. Cependant, suivant les conditions sanitaires, cette Journée pourra être transposée en distanciel total ou en hybride sur Zoom. Cette manifestation étant soutenue par l’AEMB, une adhésion à l’association sera demandée aux participants. La parution des actes de la Journée dans la revue numérique Porphyra est prévue pour 2022 et la participation aux frais de transport est envisageable.

http://www.aembyzantin.com https://www.porphyra.it

Les propositions de communication, d’une page maximum (titre et résumé de la présentation) et accompagnées de renseignements pratiques (statut, situation institutionnelle, domaine de recherche) sont à envoyer avant le 11 juillet 2021 aux deux adresses suivantes :

marie.emma.torres@gmail.com et metzgermatthias@orange.fr

Comité d’organisation :

Michel Giallurachis, Matthias Metzger, Thomas Picciola, Marie-Emmanuelle Torres.

Support scientifique :

LA3M (UMR 7298), TDMAM (UMR 7297), ED 355, Aix-Marseille Université, AEMB.


(1) N. Offenstadt, « Le rite et l’histoire. Remarques introductives », Hypothèses, vol. 1, no. 1, 1998, pp. 7-14.
(2) C. Lévi-Strauss, L’Homme nu (Mythologiques 4), Paris, 1971, p. 600.
(3) Colloque organisé les 19-24 avril 2021 par le Historical Research of the National Hellenic Research Foundation d’Athènes, le Center for Hellenic Studies de l’université d’Harvard et l’Institute for Hellenic Culture and Liberal Arts of the American College of Greece.

 

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